LEXIQUE DU VIVANT
Quand la matière ne s’excuse plus de son passé.
La revalorisation et l’économie régénérative n’offrent pas seulement une seconde vie. Elles ouvrent de nouvelles nuances, essentielles pour raconter la complexité du geste et la singularité des matériaux naturels. Avec elles apparaît la nécessité d’un storytelling, capable de rendre visible la chaîne de valeur et de revaleur, et d’offrir à ces fragments et à leurs designers, un rôle central plutôt qu’un destin marginal.
Voici quelques mots qui changent d’échelle lorsque la matière change de vie :
Imperfections et singularité : La nature n’efface jamais ses traces. Ce que certains nomment défaut relève simplement de son langage. Par essence, elle demeure exacte, jamais lisse, toujours juste.
Inventaire du disponible : Plus qu’une liste de ressources, un changement de posture. Le designer n’agit plus seulement sur la forme, il devient médiateur et laisse la matière guider le projet. Le croquis naît de ce qui existe déjà. Les processus se réorientent, plus cohérents, plus lisibles, parce que pensés dès l’amont avec la possibilité de revaloriser.
Mémoire matérielle : La texture ne se limite plus à décrire une surface. Avec les matériaux valorisés, elle devient une lecture supplémentaire de l’objet, un relief qui porte les traces de son récit et enrichit sa présence. Qu’elles proviennent du vivant ou du processus de transformation, les variations, reliefs et tensions fines portent l’empreinte de son histoire.
Upcycler / réemployer : Ces verbes demeurent utiles, mais d’autres nuances émergent pour décrire un geste situé du côté de l’intention, non de la récupération. Prolonger Introduit ce concept, il n’y a pas de fin, seulement une suite donnée à la matière.
Déchet , rebus, restes : Ces derniers mots sont essentiels. Ils ne décrivent pas la matière mais notre propre incohérence. Un déchet n’est qu’une matière à laquelle nous n’avons plus voulu accorder de place. Un rebut marque la limite de notre regard, pas celle de son potentiel. Un reste souligne surtout ce que nous avons consommé trop vite. Les nommer est nécessaire, précisément parce qu’ils rappellent que ce que nous rejetons n’est pas impropre par nature, mais par convention.
Couverture. Thibault Philip 1. Precious Peels, Loumi le Floc'h, 2. Fernando Laposse, Totomoxtle